Puisque je suis à Londres en ce moment...
Par Lo, jeudi 20 mars 2008 :: General :: #43 :: rss

Continuons sur les manipulations sympathiques de nos chers amis traders.
Grosse panique à Londres hier, lorsque le titre de HBOS perd plus de 15% dès les 30 premières minutes de l'ouverture du marché anglais. Apparemment, des rumeurs prétendet qu'HBOS serait sur la même voie que la banque Bear Sterns et que la faillite est aux portes de l'établissement...
La Banque centrale (Bank of England) doit intervenir en milieu de journée afin de démentir ces rumeurs qui auraient été propagées par des traders de hedge funds.
Pourquoi? et comment?
1. Qu'est ce qu'un hedge fund? Globalement et pour rester très simple, les hedge funds sont des instruments d'investissements qui misent sur des positions variables à court terme sur les marchés des titres. Cependant, contrairement aux fonds de pension, les assurances ou encore les banques d'investissements, les hedge funds ne sont pas soumis à un contrôle officiel (régulateurs, comme la CFB en Suisse), ce qui leur permet de prendre des risques totalement inconsidérés...mais pouvant rapporter gros. Afin de pouvoir prendre des risques si grands et sur des positions à court terme, il est bien évident qu'il faut jouer sur des gros portefeuilles et c'est pour ça que cela ne s'adresse qu'à de riches investisseurs.
2. Pourquoi les hedge funds dans cette affaire? Apparemment, certaines personnes suspectent que des hedge funds aient véhiculé des rumeurs d'affaiblissement des banques anglaises, cela afin de profiter des fluctuations des titres boursiers de ces dernières grâce à des techniques de "short selling".
3. Qu'est ce que le "short selling" ?
Le short selling est une technique en différentes étapes :
a. On "emprunte" un certain volume de titres à un organisme d'investissement en leur garantissant qu'on leur rendra le même volume d'actions à un temps T.
Dans notre cas, et prenons des chiffres simples, admettons que X emprunte 1'000'000 titres ABC à une société d'investissement, en leur garantissant qu'ils les récupéreront le lendemain. Le cours du titre à cet instant précis est de 100.- CHF par action. Notre compte en banque est à 0 (les titres sont juste empruntés pour le moment).
b. La deuxième étape consiste à vendre ce volume de titres sur le marché.
On vend donc ce volume de titres sur le marché (1'000'000 d'actions) au prix de 100.- CHF par action. Notre compte en banque à ce moment est de 1'000'000x100.- CHF, donc de 100'000'000.- CHF.
c. Avec notre capital, on essaye de racheter les mêmes actions (n'oublions pas qu'on doit rendre le même volume "emprunté" au final) à un prix inférieur pour faire un bénéfice sur l'opération.
Dans le cas actuel, on répand une rumeur fausse sur la fragile santé de l'établissement ABC afin de faire chuter le cours de l'action (en cas de soupçon de faillite, tout le monde quitte le navire et la relation entre offre et demande est tout d'un coup biaisée, l'offre dépasse la demande et le titre chute). Suite à cette rumeur, le titre a perdu 20% et est à 80.- CHF. C'est là qu'on décide de racheter 1'000'000 d'actions du titre A, pour une valeur de 80'000'000.- CHF.
d. Une fois qu'on a récupéré notre capital de titres (1'000'000), on les rend à la maison d'investissement et on garde le bénéfice (moins une commission reversée à la maison d'investissement également).
Nous voilà donc avec un bénéfice de 20'000'000.- CHF en ne faisant que jouer sur le cours du titre. Grâce à notre manipulation de l'information, on a dégagé un bénéfice conséquent.
Cette manière d'investir sur des courtes périodes et en jouant sur les fluctuations du marché est donc nommée "short selling".
Ce qu'il faut réaliser à présent, c'est qu'on ne parle pas d'un investissement initial de 1'000'000.- CHF, mais de volume en milliards de CHF. D'après les journaux, 3 milliards GBP de bénéfices ont été dégagés durant la seule journée d'hier par certains traders, avec des gains individuels de plus de 200 millions CHF!
Cet argent est de l'argent que perdent les établissements bancaires et qui, une fois de plus, impacte surtout les petits actionnaires et épargnants dont les fonds de pension, de retraite sont investis dans ces mêmes titres...
Voilà voilà...je profite de ce post pour vous mettre la photo de la vue depuis le dernier étage de mon bâtiment à Londres, le "Gherkin" :

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